Mon histoire de spectateur


« Lecture dialoguée » avec le public, à partir de définitions du Dico Du Spectateur et d'un fil rouge narratif et musical. Selon le lieu et le public, le format est disposé à des variations.

Je vais vous raconter une histoire. Mon histoire de spectateur. Un spectateur empêché. Empêché de voir ce qu'il voulait voir. Pas libre pour un sou. Criblé d'obligations dictées par les plaquettes. Qui me disaient ce que je devais voir avant d'avoir vu. (PAUSE) Je n'allais donc plus voir des œuvres d'art, j'allais voir si je comprenais ce que je devais voir. Et je ne comprenais rien. Je ne comprenais rien de ce que je lisais, et donc je ne comprenais rien de ce que je voyais. Plus je lisais les plaquettes moins je comprenais et plus ça m'intriguait.

(PAUSE)

Cette histoire a commencé avec la chorégraphe française Catherine Divérès. Rien saisi de la plaquette = rien saisi du spectacle. Je me sentais un peu idiot culturel, en fait. Quelqu’un qui allait voir des spectacles comme s’il était extérieur à tout ça. Comme si ce qui se déroulait devant lui se trouvait derrière.

Souvent je restais de marbre, comme assis à attendre un bus qui ne venait pas. J’allais jusqu’au bout de la représentation, dans l’espoir que ça décolle. Mais dès que l’intensité des scènes diminuait, je piquais des choux. En plein spectacle. Surtout si j’avais dîné avant. Une journée de labeur dans les pattes, de jolis fauteuils molletonnés et me voilà roi de la décroche. Mes rêves prenaient le dessus sur le spectacle. Or ces rêves disaient parfois autant que le spectacle lui-même, à leurs façons. L’impression que la vraie scène se déroulait, avant tout, dans mon cerveau. N’est-ce pas ainsi que la fiction se fabrique et que l’imaginaire révèle sa puissance indomptable ? Je restais cependant conscient et évitais de ronfler la bouche ouverte. Le spectacle m’hypnotisait, en quelque sorte. C’était ça, c’était bien ça : j’étais devenu un spectateur-hypnotisé (lecture par spectateur 1).

Intermède musical

(Texte complet)