« Bord de scène » autour de : (S)acre / David Drouart

Bord de scène est un jeu qui prend la forme d’une discussion d’après-spectacle, comme s’il venait d’avoir lieu. Le jeu construit collectivement la fiction d’un spectacle à venir.
Cet article est le récit de cette soirée, dans le cadre des coachings du spectateur. Théâtre ONYX, le 17 novembre 2017, 19h00, au Club, peu avant la représentation de (S)acre dans la grande salle.


C’est à un moment rare - donc fort - que le public de Saint-Herblain fut convié hier soir. Rare, parce que David Drouart accepte peu ce genre d’exercice. Fort, parce qu’il dû assumer seul la quasi-totalité de la rencontre : les musiciens courraient les bars de nuit « à la recherche d’amis nantais », et le jardinier Gilles Clément déambulait dans les espaces publics près d’IKEA « à la recherche de nouveaux tiers-paysage ».

Seule la danseuse Prima Dona pu honorer le rendez-vous en évoquant (trop) brièvement son dernier ouvrage Le mot mot ment.

La présence d’un jardin sur scène amorça le débat. On retiendra le projet du chorégraphe « d’inviter le paysage sur le plateau ». Son complice jardinier appliquera sa notion de « tiers-paysage » à la danse, en déposant de la terre et des graines à même le plateau - inévitable référence au Sacre de Pina Bausch. Le jardin, en constance évolution au fil des tournées, ne présentera jamais le même terrain de jeu aux danseuses. Même si, pour le chorégraphe, « les plantes s’organisent toujours pour ne pas mourir en produisant des graines », les tournées prendront fin avec la mort des plantes. « Le sacrifice des plantes plutôt que de la jeune vierge pour laisser advenir le printemps », avancera le modérateur en verve. Quand au chorégraphe, il confiera avoir invité les danseurs à « cohabiter » et à « négocier » l’espace avec les plantes.

Face à cette musique de Stravinsky « qui nous met par terre », le chorégraphe oublia la partition originelle pour faciliter la danse des interprètes, « beaucoup au sol » dira quelqu’un du public. Sur les quinze danseuses, cinq se sacrifièrent, les réseaux sociaux propageant la rumeur de burn-out. « Peut-être ces burn-out sont-ils liés aux cris que les danseuses durent pousser, très organiques et très engageant de leur part ? » (dixit le même spectateur).

C’est la musique de (S)acre qui, au final, emporta le moins d’adhésion. De ce bruit qui s’agence en partition, un spectateur confiera à la fin de la rencontre : « Mettre des bruits de bruits de voiture qui ne démarre pas en caressant une racine d’arbre, ça m’est resté ».

La soirée fut émaillée par des tweets projetés en live. Un expert en réseaux sociaux, particulièrement en forme, rendit compte de ces cuits-cuits du web, notamment de la préfecture préoccupée par un spectacle « qui fait l’apologie du paganisme (…) qui plus est dans un lieu public », d’un Manuel Valls méconnaissable qui, avant de déraper, tomba sous le charme de la danseuse dans le rôle de l’Élue (« la grâce inéfable de sa corporéité, nous emmène caresser le sublime du bout des doigts »), et tonton Albert qui se demandait si oui ou non il y avait eu sacrifice à la fin et se posait la question de la signification dans la danse contemporaine « entre le suggéré ou la crudité de la monstration de l’acte ». Le même sacrifice, moqué par Daech, qui « manquait franchement de réalisme ».

Une soirée tout en rondeur, pour le meilleur de la danse et de l’art, vivifiée par un public pas né de la dernière pluie.


Transcription « bord de scène » / (S)acre


Expérience collective de spectateur menée par Joël Kérouanton et la complicité artistique de Catherine Musseau. En présence de Carine Cesbron (enseignante), Catherine Musseau (professeur de danse) et Louis Schickel (designer).
Entraînés ou non, aucun des joueurs présents n’avaient vu le spectacle (S)acre.


Première mis en ligne le 03 janvier 2018 et dernière modication le 10 janvier 2018.


[! CORRECTION EN COURS  !]