Jardin des Plantes, Nantes [Entretien]

Nantes, Juillet 2017 - Avec Cédric Cherdel -

[Lecture-correction en cours]

« J’ai toujours pensé la pièce en mouvement, mais je ne pensais pas que des spectateurs prendraient la pièce pour une pièce statique : des gens qui sont assis pendant une heure sur scène, qui font rien sans être assis. Il y avait une attente comme quelque chose de très postural.

« Je crois que ça crée un effet de surprise de mettre en mouvement l’assise, en tout cas de mettre en mouvement l’assise de façon dynamique, pas juste un mouvement de bras : mettre le corps assis en mouvement. Ça vient déplacer la lecture du corps. Ce n’est plus un corps assis, c’est un corps en mouvement. Avec une contrainte. Et que ça devient un peu ridicule de danser assis.

« J’ai toujuours défendu qu’il ne fallait pas que ce soit une pièce en duo ou en trio. Faut que ça fasse groupe. Faut être au moins cinq pour avoir plus de lecture de corps, plus de corps différents. L’effet de groupe vient mettre en valeur le mouvement. Tu ne peux pas avoir une pièce statique à cinq, l’effet de groupe amène le mouvement. Là où je n’ai pas été précis c’est sur la relation au social, parce que elle n’est pas non plus facile, elle est symbolique, elle est culturelle (mais de quelle culturel il s’agit, ce n’est pas toujours très clair), elle est souvent furtive. Ça, ce sont des questions que j’ai toujours esquivé, parce que je ne voulais pas enfermer la pièce dans une étude sociétale, sociale, historique, symbolique de l’assise.

« Il y a la forme, un espèce de cycle, une boucle qui se répète, où le danseur prend la place de l’autre, le jeu de la chaise musicale où on a joué quand on était petit. Ça, c’est la forme, et l’autre chose est pourquoi on la nomme comme ça, quelle danse on crée comme ça. Il y a des grands pas, je n’ai jamais voulu de grand pas, parce que pour moi ça ne dansait pas, il y avait quelque chose qui renvoyait vers une danse contemporaine, une école contemporaine, une forme contemporaine et alors j’ai cherché à aller vers des petits pas. Quelque chose de plus traditionnel, et j’ai réalisé que c’était quelque chose de tribale. Je cherche quelque chose qui est plus profond, plus ancré que la danse contemporaine. Dans toutes les danses traditionnelles on retrouve ces piétinements, ces petits sautés, tout ça comporte beaucoup d’universalité, en Afrique etc. Je souhaitais travailler plutôt sur la question de la tribalité, mais en la déplaçant.

« L’approche tribale était présente dès le début, mais pas consciente. Ma recherche initiale était focalisée sur les danses assises. Quand tu regardes l’histoire de la danse contemporaine, il y a Isora Ducan qui fait une danse assise, tu as le buto, avec une position assise, mais ce n’est pas forcément une danse assise. Après c’est la chaise. Anne Theresa de Kersmaker et la chaise… (cf la vidéo de la danse tribale aux Iles Fidgi). Même si dans la danse classique il y a la verticalité (aller vers le haut), la danse contemporaine a voulu une rupture par rapport à ça, elle est dans un relaché, quelque chose de beaucoup moins retenu, quelque chose qui va vers le sol, qui subit la gravité, mais qui garde une belle verticalité.

« Dans les danses traditionnelles il y a beaucoup de choses avec le bas de jambes. Pour dégager le bas de jambes on vient se pencher, et en fait on crée, en fonction des cultures, des danses qui viennent se pencher, voir des danses qui sont presque des assises. En tout cas la posture, si tu la dessinnes, elle est sur un début d’assise. Et d’aller chercher ça, et d’essayer de la refaire danser. Voir la mettre encore plus assise. Quand j’annonce “ Fiction ethnographique d’un peuple… ”, ce sont toujours des choses qui ont été présentes mais qui n’ont jamais été nommées.

« Je ne suis pas sûr que l’aspect tribal réponde à “comment on se déplace”. Peut-être parce qu’il apporte de la qualité dans le jeux et la relation avec les autres. Quelle relation j’ai avec les autres, pourquoi je fais ce mouvement, plutôt que pourquoi je me déplace comme ça. L’idée de “ je te fais une danse sur un trajet qui est assez court, donc je ne peux pas faire trop grand. Donc je viens te provoquer avec une danse des petits pas, très rapide” crée une espèce de surenchère.

« Au final ça devenait interessant car ça a apporté une rupture totale d’amener cette tribalité et de faire apparaitre juste derrière une danse qui est peut-être un peu plus classique justement, virtuose, même si elle peut garder l’assise. Les grands pas viennent apporter autre chose, la création des postures, des figures de pouvoir.