coeur chaud sur sol froid

NOTA BENE : ECRITURE EN COURS

sol froid, air chaud, sol froid, corps à plat dos sur sol froid, micro-sieste froide pour café chaud, cigarette, la RESI[danse] de l’Anjou bleu attaque

bibliothèque de gestes, chut des mots, franchissement des espaces, boom des pas, ouverture des sens, clac des mains

soufflez

douze anjes bleus dansent, l’Anjou bleu danse, danse, danse, et te voilà anje parmi ces anjes, te voilà un bleu qui se meut dans ce cercle au bleu d’anje, cercle des danseurs advenus, cercle en chaussette sur sol froid, cercle de corps froid sur sol froid

frappez vos mains, valser les bras, rouler l’épaule, la gauche, la droite, étirez le cou, massez le crâne, massez, massez, massez, sentez votre colonne, chaque vertèbre sentez-les, oui c’est ça, chaque vertèbre, étirez vos fesses, étirez vos cuisses, étirez vos genoux, étirez vos pieds, pieds sur sol froid, étirez vos joues, sol froid de bon pied, massez les sourcils, étirez vos joues, tapotez votre chair au menton, frictionner les pommettes, étirez vos joues ça y est les anjes bleus sont fin prêts pour danser froid au sol

corps échauffés se roulent, trois corps côte-côte se roulent de tout leur long, leurs gestes appellent d’autres gestes, leurs corps appellent d’autres corps, trois puis six puis neuf puis douze, douze à rouler, roulade, roulade, roulade stooooooooop levez-vous, laissez-vous tomber l’autre vous porte,

ça fait du bien d’être porté, hein ça fait du bien d’être porté sur un sol froid, ça fait chaud au corps non ?

marchez, marchez de tout votre poids mort, vivez votre marche l’autre est là, vivez droit devant vous l’autre est là, marchez les yeux à l’horizon, marchez sans penser, marchez, marchez, marchez sans penser l’autre est là et vous n’avez qu’à marcher, ça ne vous arrive jamais de marcher sans penser au sol froid, ça ne vous fait-y pas chaud au corps ?

six se lèvent, six regardent, boom le sol, poc des pieds, clac des mains, tantôt les corps vocalisent, tantôt les corps pouffent, timides les voix, timides les regards, timides les gestes mais c’est un groupe, un groupe de six bleus dans la danse devant six regardeurs, un groupe de six non-danseurs qui dansent en se faisant des bleus, si on leur enlevait la douleur auraient-ils toujours un corps ?

six non-danseurs qui filent, marchent sur un fil, tournoient, sprintent, stoppent, pas un seul ne fait l’autre mais sont vus par les autres qui ne dansent pas, pas un seul ne fait l’autre et pourtant ils sont tous l’autre, ils ont tous le même sol, ils ont tous froid aux pieds mais chaud au cœur, les six sont au cœur d’eux, les six se font chœur, les six sont au cœur d’eux-mêmes et s’ils sont au cœur d’eux-mêmes alors ne seraient-ils pas dans le cœur de l’autre ?

qu’a-t-on vu, que peut-on nommer, que dire de cette énergie sur sol froid, que dire de son énergie intérieure sur sol froid, que dire du son qui nous porte, pied sur sol, main sur sol, corps dans l’air, corps s’appuyant dans l’air, corps porté par l’air, corps courant dans l’air, corps courant d’air, ffffffff, le corps courant dans l’air sur sol froid fait musique, la musique du corps-vivant, la musique du corps-courant, vous l’avez déjà écouté votre corps courant sur sol froid, c’est beau, écoutez, écoutez, écoutez, là, maintenant :

   un              anje bleu               passe

alors tu t’échappes écrire sur ton ardoise bleue, ça il faut que tu écrives sur ton ardoise bleue que tu n’as rien à chanter sur les anjes bleus qui passent, d’ailleurs tu n’as rien à chanter sur rien du tout, on écrit pour inventer l’espace, on écrit et le monde respire, on écrit pour voir ce qu’on ne pourra retenir, on s’acharne, on s’acharne, on s’acharne à vouloir se retenir dans les mots, mais ne suffit-il pas que le vent passe pour que tout soit déjà d’un autre monde ?

repérez votre partenaire, il est face à vous, là, tout droit, oui c’est ça, il va marcher vous allez le couver des yeux, vous allez l’accompagner de vos yeux bleus, allez, maintenant VOUS ÊTES CAMERA, vous allez faire vivre le partenaire par votre regard bleu, c’est votre regard sur lui qui lui donne un corps, vous aviser le buste, vous considérez les épaules, vous papillonez sur les bras, les mains, les doigts, vous réceptionnez à votre façon, votre partenaire vous allez le porter par le bleu de votre regard, regardez-le, votre partenaire, regardez-le, regardez-le, perdez votre regard dans votre partenaire, perdez-vous, faite comme si on vous avait donné des yeux pour vous perdre

en solo tu regardes soloter cette femme en bleu, ELLE marche, scrute, examine, se frotte la nuque, se gratouille les cheveux et te voilà qui la suit, à deux mètres tu la suis, tu n’iras pas peau contre peau, à deux mètres tu imagines déjà son regard et tu marches comme, tu scrutes comme, tu examines comme, te frottent la nuque comme, te gratouille les cheveux comme

TU                   es                     son ombre

TU marches, interpelles, parlementes, t’emportes, cours, cours, cours, poses tes fesses sur sol froid et la voilà, ELLE, qui jette ses yeux, qui marche comme, interpelle comme, parlemente comme, s’emporte comme, cours comme, pose ses fesses sur sol froid

ELLE            est                ton ombre

alors tu dis bonjour à ton ombre, tu lui demandes comment elle va, tu lui proposes de discuter le bout de gras sur sol froid, elle te dit que ça va, ton ombre va bien, t’as chaud au cœur de savoir que ton ombre va bien, que ton ombre a chaud sur sol froid, mais si ton ombre a chaud sur sol froid toi tu aurais froid sur sol chaud ?

soudain tu laisses tomber la chemise faute de lâcher le corset, tu danseras librement ou rien, tu ne danseras pas à l’identique, que neni les ombres et tutti quanti, et pour danser une danse libre tu aurais préféré porter un masque, un masque pour bien dire que ce n’est pas toi qui danse cette danse enflammée, ta danse c’est tousssss, et hop tu enlèves les chaussettes pied nu sur sol froid, tu cours chaud au corps, tu souffles ton corps chaud, tu mouves pour que le monde froid lâche prise, pour que les choses excèdent leur forme, tu traverses ces corps chauds, chaque corps te traverse chaudement, partout ils sont, partout ils dansent, mais à quoi peuvent-ils bien penser quand ils dansent chaudement sur sol froid ?

partout les corps chauds sont solos tendant vers le duo ou le trio ou le quatro ou le tous tous tous ensemble tous, les femmes solotent et les hommes duotent, les femmes solotent et les hommes triotent ou quatrotent ou tousensemblottent, les femmes solotent car elles seules posséderaient le fameux mouvement intérieur c’est vrai cette chanson ? c’est vrai que la femme, quand elle y met du sien, peut résumer tout l’univers ?

partout il y a des femmes et des hommes qui crient, y en a qui breakent, y en a qui marchent, y en a qui statuent, y en a qui demeurent à côté d’eux-même, y en a qui funambulent sur un fil imaginaire posé à même le sol froid, y en a qui font et y en a qui regardent, c’est comme ça y a toujours des solos-bête-de-scène et des spectateur-béats-d’être-là, y en a qui roulent, y en a qui rient, y en a qui rêvent, c’est beau ces anjes bleus qui rêvent à leurs pieds froids, y en a qui pensent

au café chaud dans la cuisine sur sol chaud, les douze au chaud sur sol chaud boiraient un café chaud, chaud la danse chaud et toi tu partirais écrire la danse, tu t’échapperais écrire sur ton ardoise bleue, te reposer de la danse chaude, te reposer en solo, tu quitterais le tousemble qui te ferait froid dans le dos, vers l’écriture-solo bien au chaud, chaud les mots chaud