PARLOTES & PENSÉES

COLLECTE APRÈS « LANDSCAPE#1 » (CIE LA MIGRATION) - 22 MAI 2016.

Landscape


« (…) Ma fille m'a dit : "C'est pas du cirque, papa. Y avait pas de lion". Je lui ai dit que c'était comme ça, le cirque, maintenant.


« (…) Une île déserte. Deux personnes qui attendent Godot. Peuvent pas s'échapper. Alors, basculent. Se retiennent. Se jettent…


« (…) J'ai rêvé que les deux personnages partent courir sur le terre-plein. Qu'on les perde, même. Qu'ils plongent dans la mer. Qu'on entende un gros ‘‘Plouf !’’. Qu'on soit emmerdé. Qu'on accoure à leur secours. Qu'ils disparaissent. Qu'ils reviennent. Y avait un cadre (structure) un peu oppressant, qu'ils pouvaient fracasser à un moment. Ne sont-ils pas trop objet de la structure ? Ne peuvent-ils pas en jouer, rater cet équilibre presque trop parfait ?


« (…) Moi j'avais juste mal au cul (on était assis par terre à même le goudron).


« (…) Y avait les chantiers en fond, mon père et mon grand-père y ont travaillé (mon grand-père a fabriqué Le France). C'était bien que mes enfants soient là, face au port. Face à cette histoire. C'était beaucoup d'émotion. L'ensemble fut très en "homéostasie" : l'équilibre dans un système mais qui n'est jamais atteint. Dans homéostasie, il y a "stasie" (mort). Soit ça rebascule et ça vit, soit ça reste en équilibre et ça expire. Comme mon grand-père et mon père.


« (…) Liberté, équilibre, fraternité »


« (…) Être sur le présent parce que sinon c'est pas possible. Faire corps avec la structure. La matière c'est les danseurs. Une souplesse, une agilité, c'est très beau. Tout ce qu'on peut ressentir c'est par l'intérieur (on ne parle que de soi).


« (…) Moi j'étais plutôt une spectatrice apaisée. Je ne m'attendais pas à quelque chose d'aussi reposant. Sauf quand j'avais peur pour les acrobates. Mais j'étais quand même détendue... c'était peut-être dû au fait que c'était juste après le repas.

« (…) Mon fils était un spectateur comme un môme. Because on lui a fait croire au Père-Noël. Parce qu'il était ébloui comme un enfant. C'était magique et magnifique : pour ceux qui pensent que Saint-Nazaire c'est moche (vive le tourisme à St-Naz !).


« (…) Ça ressemble au monde de Schuiten (prononcer "s'cueille-teun"). Surtout par le mélange architectural : la structure, les halles, les bateaux, le pont de Saint-Nazaire. Je ne pourrais pas voir le spectacle ailleurs tant cette superposition architecturale était prenante. En d’autres termes : si le spectacle était ailleurs, ce ne serait pas la même chose.


« (…) Des personnages qui se déplacent en 3D. La spacialité change, ça tourne, ils marchent à l'envers. Un décalement du spatial.


« (…) Moi je suis une spectatrice en « ion » et en « é » Quand on me pose la question de « alors, t'as trouvé ça comment », je donne généralement une suite d'adjectif terminant en « ion » ou en « é ». Exemple : « densité ; suspension ; explosion, fluidité ». Je vais même jusqu'à donné des adjectifs qui n'en sont pas : « de marée ». Ou bien encore, j’invente des adjectifs qui n'existent pas (tant que la terminaison est « ion » ou « é ») : « propention ». Oui, exactement.


« (…) Le son ? Je n'aurais pas su quel son mettre. Le son faisait le lien avec l'environnement (son, mer, port).


« (…) Ne comprends pas le message, les personnages (c'est abstrait). Bonne performance. Mouvements propres. Mouvements lents. Grande complicité. Musique collait bien. J'ai bien aimé les pommes de pin sur percu musique bien comme elle est. Structure originale : ça faisait tout le numéro. Le métal. Ambiance métallique. Ça faisait nouveau cirque et pas cirque traditionnel. Pas compris l'histoire mais spectacle très beau.


« (…) On ne peut pas rêver plus approprié au décor. Entre la structure (comme des vergues), j'ai entendu comme un navire en pleine tempête, puis la chute. Une sorte de naufrage.


« (…) Ce spectacle est troublement, compétition et amour. Simple mais pas simpliste. À la fin, on a l'impression d'avoir vécu un truc avec eux.


« (…) Les gens disaient : "Oh là là, j'ai peur qu'ils tombent". Mais ils n'allaient pas tomber. Ils trouvaient tout le temps l'équilibre. Sauf un moment où ils se sont arrêtés en position Ninja.


« (…)

— Tu ne t'es pas ennuyé ?

— Non.

— Est-ce que tu penses que ce qu'ils font, c'est difficile ?

— Oui. Je crois qu'ils étaient enfer.

— (...)


« (…) En plus du pont, de la structure, il y a l'architecture sonore. Le musicien est compris dans l'architecture. La technique parfaitement maîtrisée permet d'entrer dans la poésie et d'oublier l'environnement technique (qui nous permet d'entrer dans la poésie).


« (…) J’ai croisé une spectatrice « merde j'ai oublié ma pochette ». Cette spectatrice n'a même pas eu le temps de répondre à mes questions qu'elle s'exclama « merde ! J'ai oublié ma pochette ». Alors elle est repartie, de suite, en courant, sur le lieu du spectacle pour récupérer son objet oublié. Je ne l’ai plus jamais revue.


« (…) La vague aide à entrer dans la complicité (ce spectacle aurait pu se nommer Le ressac de la complicité).


« (…) On allait pas vers la musique, la musique venait vers soi. On oubliait la musique, elle avait entièrement sa place dans le spectacle, on y pensait même plus tellement qu'elle était bien intégrée. Une présence évidente.


« (…) Un danseur maîtrise le fil plus que l'autre. Et l'autre est plus à l'aise au sol. Des différences de poids, qui nécessitent d'être toujours contrecarré par un « travail » entre les deux. C'était aussi ça qui était intéressant : les balances. Une réserve, tout de même : y a une place plus importante accordée à l’un plus qu’à l’autre. En termes de rôle, je veux dire. L’un partageait plus de choses avec la structure. Et en même temps l'impression parfois que l’autre portait l’un. Enfin je dis ça peut-être parce que je connais l’un plus que l’autre. Si je connaissais l’autre et pas l’un, aurais-je pensé la même chose ?


« (…) J'avais peur qu'ils se prennent le fil de fer dans la gueule.


« (…) Moi je suis plutôt une spectatrice en apnée. Parce que le spectacle était très fort, qu'il faisait vivre des émotions de manière forte. J’avais peur de la chute, je passais tant d'énergie à faire attention à ce que les circassiens ne tombent pas, que j’en oubliais de respirer... Tellement attirée que j’en oubliais tout le reste, même la musique.


« (…) Le regard entre les deux arrive au milieu du spectacle. On l'attend. Il arrive. Petit à petit. Le regard supplante progressivement la structure. Les deux danseurs se sont regardés via la structure au départ, parce que ce n'est pas possible de se regarder dans les yeux tout le temps : sinon ça devient Arte la nuit.

« (…) Je trouve ça hyper graphique, comme environnement. La structure seule, simple, dans un environnement plus sombre (sans les vagues, les mouettes) aurait été encore plus graphique. Un véritable personnage tant elle prend de place dans le spectacle. Ce n'est pas un duo mais un trio avec la structure.


« (…)

Comment équilibrer lourd et léger ?

De la poésie et de l'émotion ressortent.

Le rythme de la musique et des vagues m'emportent.

Un travail fantastique

qui montre que jamais

rien n'est équilibré

mais qu'à deux (trois, quatre !)

on se casse moins facilement la

gueule. La fin l'est beaucoup moins poétique.

Merci. »


« (…) Ce n'est pas qu'une performance. On voyait bien une distinction entre les deux performeurs. On voyait bien les deux écoles de cirque. Ça marchait très bien, c'était très complémentaire. Très chorégraphié. Ça produisait du coup des sensations très aériennes, grâce au lieu qui permettait de s'élever encore plus.


« (…)

— Ça t'as plus ?

— C'est pas le style de spectacle que j'irais voir mais c'est bien de s’ouvrir.


« (…) Complicité entre les deux personnages et la matière qui fait lien. Élégance - comme une magie. Je me suis demandé si celui qui faisait la musique a fait le spectacle pour pouvoir jouer la note au bon moment.


« (…) Personnage qui se déplace en 3D. Décalement du spacial. Propulsé dans des émotions que l'on ressent dans l'air -> dit le parentiste.


« (…) Y a pas de mot. Ébahie et surprise (on ne s'y attend pas, on est transporté). Cadre bien choisi. Mis en valeur de l'humain (le corps est beau). Le bruit des vagues dans le spectacle. La vague aide à entrer dans le spectacle. Un bémol : on était à terre (on ne voit pas bien -> à améliorer). Je me suis surprise la bouche ouverte. Merci !


« (…) J'ai trouvé l'objet intéressant, tel un kaléidoscope, qui produit de l'illusion d'optique avec tous les corps du métal. L'acrobatie est une véritable prouesse technique (dit par quelqu'un qui n'est pas souple).


« (…) Super chouette ! J'aimerais développer mais ne sais comment faire. Ému ? Oui ému.


« (…) De l'air, beaucoup d'air, tout était aérien : le temps, la prestation, la volatilité, les oiseaux, le port. Je ne sais pas si un état de grâce est un sentiment.


« (…) Alternance de tensions et d'apaisement. Est-ce qu'il va se casser la gueule ? Ah non il gère. Échange de regard, gestuel, on ressent la complicité, l'équilibre. La musique servait bien le propos, comme le ressac de la mer avec le mouvement de la balancelle : la structure est très proche des vergues, elle pourrait presque devenir un concept..., Atlantic structure ?.


« (…) Rien à rajouter, tout pareil.

« (…) Y a t-il une distinction entre le spectateur subjugué (dans la boite noire du théâtre ) et le spectateur subjugué (en plein air sur un port) ? Pour moi le spectateur subjugué arrive au bon endroit au bon moment. Trouve que le spectacle va parfaitement avec l'endroit (port de Saint-Nazaire) va parfaitement avec le moment (dimanche après-midi), trouve que son titre du spectacle va parfaitement avec le spectacle. Tout va avec tout, parfaitement ! Subjugué tant tout va avec tout !


« (…) Je ne comprenais pas le message. Trouve le spectacle très beau, très bien fait techniquement, très apaisant par la technique, par la lenteur, par la musique. Même les moments assez speed étaient très reposants. Un bémol, tout de même : j’ai pas compris où ils voulaient en venir. Pas compris l'histoire. Mais le spectacle était super beau.


« (…) Propulsé par les émotions que l'on ressent dans l'air (dit par un parapentiste).


« (…) Moi je suis une spectatrice sur-sensible (à en perdre les dents). Je me trouvais tellement en empathie avec les performeurs. J’avais très peur pour eux, peur du risque. Je m'accrochais alors si fort au bras de ma voisine que j’ai failli lui arracher le bras. Tellement je suis remuée après ce spectacle, quand la tension redescend, j’ai envie de vomir et de dormir.


« (…) Les gens avaient une attitude d'oiseau. J'aurais voulu plus de cabrioles.


« (…) Ça fait très nouveau cirque et pas cirque traditionnel (de la part d'un circassien).


« (…) Ça faisait longtemps que je n'ai pas vu un spectacle aussi émouvant. Ça nous a accompagné dans nos sensibilité. J'étais une spectatrice hyper-sensible. J'étais le spectacle. Une symbiose entre nous. Presque un personnage qui serait le spectacle. J’étais un peu Spectatrice Docteur Frankenstein : j’ai créé ma propre entité vivante à partir du spectacle. Faut rompre le fait d’être spectateur ! Le spectateur donne vie en soi. Je n'allais pas aller voir un spectacle, j'allais le vivre. Maintenant l'art a disparu, le spectacle a disparu. Reste les émotions.


« (…) Quand ils ont descendu l'échelle, ils étaient super précis dans leur geste. N’oublions pas que la structure était mouvante ! J’ai pas trouvé ça scolaire parce que je trouve qu'entre les deux, y avait une sorte de lien qui rendait ça vachement vivant, vachement chaleureux, chaud, cosy, rond. Par leur interaction. En contrepartie, la performance était très carrée, assez froide, assez métallique.


« (…) Complicité, écoute, poétique (y compris physiquement car la machine l'exigeait). Ça résonnait avec les 25h00, car sans la complicité et l'écoute permise par les 25h00 rien n'aurait pu se passer dans le spectacle non plus.

TÉMOIGNAGES ORAUX ET ÉCRITS DE SPECTATEURS, COLLECTÉS PAR UNE ÉQUIPE DE SCRIBES (Mariana, Joël, Esther, Nathalie, Coline, Joakim Jeane, ...)

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Mise en écriture : Joël Kérouanton.
1ère mise en ligne le 07 juillet 2016 et dernière modification le 08 juillet 2016.