Au moment où le spectateur se réconcilie avec lui-même (au moment où il s’endort), c’est souvent là que les bêtes apparaissent. Le spectateur est magnétisé dès l’entrée en scène d’un quadrupède à poils (du caniche à la chèvre) ou même un bipède à plumes (du dindon au canard). Le choc est bref et efficace. Le spectateur-des-animaux, qui resterait indifférent aux abords d’une ferme, se réveille illico-presto, rit souvent, parfois sort de ses gonds. Et attend avec une certaine impatience THE incident (crotte lâchée qui fait « pof » ou autre événement du genre). L’effet est identique en présence du jeune enfant voire du bébé. On ne regarde que lui. Le spectateur se surprend à sentir un réel malaise car l’innocence de l’enfant, plus encore que celle de l’animal, le rejette hors du temps et de l’espace théâtral. En fait, ce qu'aime le spectateur-des-animaux, c'est de regarder tout "personnage" réticent aux enjeux scéniques contemporains. Il aime par-dessus tout regarder un "personnage" qui n'a rien à voir avec le spectacle, qui d'ailleurs ignore tout des codes théâtraux, jusqu'au mot "spectacle", et se trouve là parce qu'on l'y a amené. Plus le "personnage" n'a que faire de l'espace de fiction que représente la scène, plus le spectateur jubile.